Oubliez les records de ventes de vin ou les grandes foires gastronomiques du Sud : le Nord revendique désormais son propre territoire pour célébrer la bière. Tandis que Bordeaux expose fièrement sa Cité du Vin et Dijon sa Cité de la Gastronomie, les Hauts-de-France s’apprêtent à ouvrir une Cité de la Bière. La décision, actée récemment par le conseil régional, s’inscrit dans une volonté assumée de remettre en avant une idée qui germait déjà depuis quelques années. Julien Macrelle, président du syndicat des brasseurs indépendants, le rappelle : ce projet n’a rien d’un caprice soudain, il s’agit d’une ambition longuement mûrie.
La bière surpasse le vin dans les rayons français
L’idée est loin d’être nouvelle : dès 2019, Xavier Bertrand, le président de région, l’évoquait déjà. Face au poids de la tradition française pour le vin, la bière est pourtant entrée de plain-pied dans le quotidien des consommateurs. Dernièrement, elle s’est même installée sur la première marche du podium des alcools vendus en grande distribution, détrônant celui qui régnait sans partage depuis des décennies.
En 2022, plus d’une bouteille d’alcool sur deux écoulée en France était une bière. Mais ces chiffres n’ont pas suffi à dissiper les doutes : la métropole de Lille, attentive, et d’autres collectivités locales se sont retirées au moment d’apporter leur soutien financier lors de l’appel à candidatures. Le manque d’engagement, palpable, a plané sur le dossier.
Seuls quatre territoires du Nord et du Pas-de-Calais ont finalement affiché leur volonté d’accueillir ce projet. Béthune, où la même idée avait déjà germé avant l’annonce officielle de Xavier Bertrand, a choisi de s’écarter de la course.
C’est donc par élimination qu’un vainqueur s’est détaché. La communauté de communes de Flandre intérieure accueillera la future Cité de la Bière, sur le site impressionnant de l’ancienne filature Nordlys à Bailleul. Cet édifice industriel, ouvert en 1864 et fermé en 1988, va se voir offrir une nouvelle existence. Essayez ici pour découvrir des dossiers tout aussi singuliers.
Le houblon, force vive des Flandres
César Storet, président de l’office du tourisme de Flandre intérieure, laisse percer sa fierté : avec ce projet, la région obtient une reconnaissance méritée, reflétant la richesse de son héritage brassicole. Parmi les arguments décisifs avancés figure le dynamisme historique des brasseries du secteur, en particulier autour des 3 Monts, un haut lieu de la filière.
Autre détail qui fait toute la différence : la tradition du houblon. Les Flandres, territoire phare de cette culture, ont vu le houblon s’imposer au fil du temps comme une véritable signature locale. Ce n’est pas un hasard si les IPA et autres bières intensément houblonnées séduisent aujourd’hui les connaisseurs.
Un parcours brassicole inédit
Le futur site ira bien au-delà d’un musée classique ; il promet de faire vivre la bière sous toutes ses facettes à travers plusieurs espaces à explorer :
- Lieu d’exposition et de valorisation du savoir-faire
- Espaces dédiés à l’expérimentation : ateliers, biérothèque, microbrasseries et autres initiatives
- Zones festives et conviviales
- Offres de restauration autour de la bière
Avec cet ensemble, une route de la bière sera proposée aux visiteurs, avec un itinéraire jalonné par 14 brasseries réparties dans la région. Ce parcours ne se limitera pas à Bailleul : il s’étirera à travers d’autres localités, invitant le public à découvrir l’alliance entre saveurs et histoire locale.
Redonner vie à un site industriel inexploité, tout en mettant à l’honneur la tradition et la créativité, c’est le pari de la Flandre intérieure. La Cité de la Bière n’accueille pas encore ses premiers visiteurs, mais déjà, la scène se prépare : une rencontre entre la mémoire, l’innovation et l’art du vivre ensemble. Qui posera la première chope sur le comptoir d’un lieu promis à devenir référence ?

